PAUL GOBLET
25 janvier1925 - 07 mai 2014
Je suis arrivé et il venait de mourir. Je me trouvais près du lit où il reposait, j'étais bouleversé et cependant, il se passait cette chose anormale, monstrueuse, qui me faisait honte: au lieu d’éprouver du chagrin, je n'étais que cet oeil avide, j’amassais des éléments avec l'arrière-pensée de m'en servir un jour. Et de ce fait, je transformais déjà en nouvelle ce que j'étais en train de vivre. C'était proprement affreux. Aux côtés de cet être simple et bon que j'aimais tant, je sentais que je me comportais en monstre et je me haïssais.
Paul n'était pas mon grand-père, ni mon père, pourtant il en avait l'image. Nous nous sommes connus au temps d'avant, il ne connaîtra pas celui d'après. À sa façon, il était en avance sur son époque, il vivait confiné dans un espace restreint, à l'ancienne, sans masque, sans internet juste avec sa solitude, le journal et ses fantômes. Paul n'était pas essentiel, d'ailleurs il est parti. J'ai fermé avec lui le dernier chapitre de sa grande vie minuscule.
Il m'attend désormais, nous vieillirons ensemble au milieu de nulle part.
Maurice était le beau-père de Paul, victime des gaz pendant la Grande Guerre, il en est mort à son retour. La photographie est toujours restée dans la chambre conjugale dorénavant inoccupée.
Albert est mon voisin, parfois il rend visite à Paul. Il ne voit presque plus rien, il ne distingue que mon ombre quand je lui parle. Il m'annonce une bien triste nouvelle, Paul est tombé, les pompiers l'ont conduit à l'hôpital.